Grâce à deux outils remarquables — MapWarper (qui permet de superposer et géoréférencer des photographies aériennes historiques sur des cartes actuelles) et QGIS (logiciel open source de cartographie permettant le calcul précis des surfaces) — il m’a été possible de comparer la photographie aérienne de Saint-Brice de 1955 avec l’imagerie satellite actuelle, et de mesurer l’évolution des surfaces forestières, agricoles et urbanisées de notre commune sur 70 ans.
Cette méthode repose sur une numérisation manuelle de chaque polygone. Elle permet d’obtenir une estimation fiable, avec une marge d’erreur de quelques pourcents.
Voici le résultat :
Comparaison 1955 / 2026 · Surface communale de référence : 599 ha
| Année | Surfaces agricoles (ha) | Surfaces agricoles (%) | Couvert forestier (ha) | Couvert forestier (%) | Surfaces urbaines (ha) | Surfaces urbaines (%) | Total numérisé. (ha) |
| 1955 | 366,02 | 61,1 % | 113,60 | 18,9 % | 107,79 | 18,0 % | 587,41 |
| 2026 | 158,96 | 26,5 % | 129,17 | 21,6 % | 306,32 | 51,1 % | 594,45 |
| Évolution | −207,06 | −34,6 pts | +15,57 | +2,7 pts | +198,53 | +33,1 pts | +7,04 |
Source : numérisation manuelle sur photographies aériennes géoréférencées (MapWarper) et fond satellite actuel, réalisée dans QGIS 3.x avec projection Lambert-93 (EPSG:2154).
Observations
En 70 ans, Saint-Brice-sous-Forêt a connu une transformation radicale de son territoire :
- La surface urbanisée a presque triplé : de 18,0 % à 51,1 % de la commune (+198 ha).
- Les surfaces agricoles ont été divisées par 2,3 : de 61,1 % à 26,5 % (−207 ha).
- Le couvert forestier est resté globalement stable, avec une légère progression (+15,6 ha).
Sur ce dernier point, l’essentiel de cette progression provient de la zone des anciennes carrières, sur la colline entre Groslay et Saint-Brice, autrefois occupée par le site minier dit la Plâtrière. L’activité extractive a cessé, la nature a repris ses droits, et ce qui était un site industriel est devenu en quelques décennies un espace forestier spontané, dense et enclavé, aujourd’hui non accessible au public.
Cet espace représente 16,07 hectares — soit 160 700 m², ou encore plus de dix fois la surface du grand espace de verdure central du parc Georges Brassens (1,57 ha). Ce n’est pas rien.
La municipalité a l’ambition de valoriser ce secteur en y créant, à long terme, la plaine sportive des Carrières : nouveaux équipements sportifs, espace familial, aires de pique-nique, nouveau parc canin. Un projet qui pourrait effectivement répondre à des besoins réels des habitants de Saint-Brice et également de Groslay.
Mais cette ambition pose une question que l’on ne peut pas esquiver.
Que voulons-nous faire de nos derniers espaces sauvages ?
Une forêt laissée à elle-même est un espace de biodiversité d’une richesse rare en milieu périurbain.
Les riverains de la rue des Carrières à Groslay peuvent en témoigner : des renards y ont élu domicile. D’autres espèces y prospèrent probablement, à l’abri du regard et des perturbations humaines.
Certes, cet espace est invisible et « inutile » pour la plupart des habitants. Mais inutile pour qui ? Pas pour la faune qui y trouve refuge. Pas non plus pour le cycle de l’eau, la qualité de l’air, ou la régulation thermique du territoire.
À l’heure où la biodiversité est entrée pleinement dans le débat public, la question mérite d’être posée clairement : est-il envisageable, et défendable, de conserver une zone sauvage plutôt que de l’aménager ?
En France, l’association Francis Hallé porte le projet ambitieux de reconstituer une forêt primaire en Lorraine sur 70 000 hectares sur un horizon de plusieurs siècles (https://www.foretprimaire-francishalle.org/le-projet/). Ce projet illustre l’intérêt croissant porté aux espaces laissés en libre évolution.
À notre échelle, la zone de la Plâtrière n’a évidemment pas cette prétention. Mais elle est déjà une forêt en libre évolution : une végétation spontanée qui se développe sans intervention humaine depuis plusieurs décennies, sur un sol que la nature reconquiert pas à pas. C’est rare en milieu périurbain. Et c’est précieux.
Pourquoi pas une forêt spontanée à Saint-Brice ? Seize hectares, c’est modeste à l’échelle nationale, mais c’est déjà quelque chose.
Et si les 185 communes du Val-d’Oise consacraient chacune 16 ha à un projet similaire, ce seraient 2 960 hectares rendus à la nature — soit près de 5 fois la surface de notre commune !
À méditer… avant de prendre une décision.
Oui pourquoi pas en effet ? Ou alors aménager une petite partie pour que les habitants profitent d un site ombrage et d une belle vue sur Paris, et laisser une grosse partie en forêt.
La mairie décidera en définitive, et cette décision lui appartient pleinement.
Il faudrait surtout consulter en amont des organismes comme l’INRAE, dont certains chercheurs travaillent précisément sur ces sujets liés à la biodiversité en milieu anthropisé, pour évaluer sérieusement le potentiel scientifique du site. S’il est jugé trop petit ou non exploitable, ça fermera des portes.
Mais dans le cas contraire, j’y vois une belle opportunité.
Le côté écologique, évidemment, en premier lieu, mais pas que.
Sur le plan économique, le coût d’une forêt en libre évolution est, par définition, nul. Pas d’aménagement, pas d’entretien, pas de personnel dédié. Zéro euro de dépenses publiques.
Et sur le plan de l’image, un tel projet placerait Saint-Brice dans une dynamique valorisante : être l’une des premières communes d’Île-de-France, sinon la première, à consacrer délibérément un espace à la libre évolution forestière, en partenariat avec des chercheurs., Ce serait un signal fort à porter, aussi bien auprès des habitants que des médias ou des institutions.